Au sommaire · 7 parties
Voici les coulisses, avec les études qui éclairent chaque étape. Les références sont en fin d'article.
Le point de départ commun : le greffage
Une reine se développe en seize jours, de l'œuf à la naissance, contre vingt et un pour une ouvrière. L'éleveur ne part pas de l'œuf, mais d'une larve d'ouvrière qu'il transfère dans une cupule, placée ensuite dans une colonie éleveuse. Nourrie en abondance de gelée royale, cette larve deviendra reine.
L'âge de la larve au moment du greffage n'est pas un détail. En 2019, De Souza, Hartfelder et Tarpy ont montré, en élevage in vitro, que plus la larve est jeune au départ, plus elle a de chances de donner un adulte à la morphologie de reine. D'où la règle des éleveurs : greffer les larves les plus jeunes possible. Le geste demande de la minutie et de bons yeux.
Dix jours après le greffage, la cellule est operculée et la reine presque formée. C'est là que s'arrête la première option.
La cellule royale (7 €) : le moins cher, et le plus de risques pour vous
Vous achetez une reine qui n'est pas encore née. Tout le reste se passe chez vous :
- la naissance, un ou deux jours après réception ;
- l'acceptation par la colonie ;
- le vol de fécondation, où la jeune reine s'accouple en plein ciel avec des mâles, puis doit retrouver sa ruche ;
- le début de la ponte.
Chaque étape a son taux d'échec, même dans de bonnes conditions. À l'université de Sheffield, Pérez-Sato et Ratnieks ont suivi l'introduction de reines dans des ruchettes de fécondation : 70 % des cellules royales ont abouti à une reine pondeuse. Trois sur dix n'y sont donc pas arrivées, dans un dispositif pourtant bien conduit.
La cellule est fragile, en plus. Elle voyage verticalement, pointe en bas, à l'abri des chocs et du froid, et s'introduit le jour même. Une cellule secouée ou refroidie donne une reine médiocre, quand elle en donne une.
C'est une bonne solution si vous avez l'habitude, des colonies orphelines ou des nucléi prêts à l'avance, et beaucoup de reines à renouveler à petit prix.
La reine fécondée (36 €) : le risque de la fécondation est derrière vous
Ici, nous prenons à notre charge ce que la cellule vous laissait : naissance, acceptation, fécondation sur notre rucher de nucléi, puis début de ponte. La reine ne part qu'une fois sa ponte contrôlée, marquée à la couleur de l'année. Vous payez la reine qui a réussi, et, indirectement, celles qui ont échoué en chemin.
Qu'est-ce qu'une bonne fécondation ? Une reine s'accouple avec de nombreux mâles et garde leurs spermatozoïdes toute sa vie dans sa spermathèque. En 2012, Tarpy et ses collègues ont examiné 80 reines vendues par de grands éleveurs californiens. Elles stockaient en moyenne 4,4 millions de spermatozoïdes, viables à 84 %, et s'étaient accouplées avec l'équivalent de 17 mâles. Les auteurs rappellent que cette multiplicité des pères accroît la diversité génétique de la colonie, ce qui profite à sa santé et à sa productivité. Leur étude montre aussi que la qualité variait d'un éleveur à l'autre sur les critères physiques, mais pas sur ceux de la fécondation.
Nos reines viennent d'une lignée maternelle Buckfast, croisée avec les mâles de nos meilleures colonies, retenues pour leur douceur, leur tenue au cadre et leur production. Les souches sont issues du groupe de sélection « L'Abeille Ligérienne », avec lequel nous échangeons régulièrement des reines : c'est ce qui renouvelle la génétique du cheptel et l'empêche de s'appauvrir. Le pédigrée maternel est fourni sur demande.
Un point d'attention à réception : une reine en cagette supporte mal les écarts de température. En 2021, McAfee, Tarpy et Foster ont exposé des reines deux heures à 4 °C ou à 42 °C. Dans leurs essais, c'est le froid qui a réduit la viabilité des spermatozoïdes stockés, et toutes les reines ne réagissaient pas de la même façon. Gardez donc la cagette à l'ombre et à température ambiante, jamais dans une voiture au soleil ni dans un local froid, et introduisez la reine le jour même ou le lendemain.
C'est l'option que nous conseillons à la plupart des apiculteurs, et à tous ceux qui débutent. Les reines fécondées sont disponibles de mai à fin juillet.
La reine inséminée (200 €) : le père est choisi
Une reine fécondée en vol s'accouple avec les mâles présents autour du rucher : on connaît la mère, pas les pères. L'insémination instrumentale lève cette incertitude. Les mâles sont choisis, leur semence est recueillie puis déposée dans la reine. Le croisement est celui que l'on a voulu, et il peut être reproduit.
Les reines inséminées ont longtemps traîné une mauvaise réputation : moins bien acceptées, moins performantes, disait-on. En 2007, Susan Cobey a passé en revue dans Apidologie les études qui les comparaient aux reines fécondées naturellement. Sa conclusion : les écarts tiennent surtout à la manière dont les reines sont traitées, pas à l'insémination elle-même. Bien soignées, les reines inséminées sont compétitives, et la sélection comme la maîtrise de la dose de semence peuvent même leur donner l'avantage.
Le prix reflète le matériel, le savoir-faire, l'entretien des colonies de mâles et le suivi de chaque reine. C'est l'outil du sélectionneur et de l'éleveur qui veut bâtir son cheptel sur une base connue, plutôt que de tout recommencer chaque année. Chaque reine part avec son pédigrée. Disponibles en juillet, sur devis ; nous ne proposons pas de prestation d'insémination.
Les trois options côte à côte
| Cellule royale J+10 | Reine fécondée | Reine inséminée | |
|---|---|---|---|
| Prix 2026 | 7 € | 36 € | 200 €, sur devis |
| Ce qui reste à faire chez vous | Naissance, acceptation, fécondation, ponte | Introduction | Introduction |
| Lignée paternelle | Les mâles de votre secteur | Les mâles de nos meilleures colonies | Choisie |
| Disponibilité | Sur demande | Mai à fin juillet | Juillet |
| Pour qui ? | Apiculteur expérimenté, nombreux remérages | La plupart des apiculteurs | Sélectionneurs et éleveurs |
Avant de commander
- Pour des cellules, préparez vos colonies orphelines à l'avance : la naissance intervient dans les deux jours.
- Pour des reines, prévoyez l'introduction le jour de la réception.
- Au-delà de dix unités, écrivez-nous.
Voir nos reines fécondées, nos reines inséminées et nos cellules royales J+10.
Sources
- Penn State Extension, An Introduction to Queen Honey Bee Development
- De Souza D. A., Hartfelder K. H., Tarpy D. R., Effects of Larval Age at Grafting and Juvenile Hormone on Morphometry and Reproductive Quality Parameters of in Vitro Reared Honey Bees, Journal of Economic Entomology, 2019
- Pérez-Sato J. A., Ratnieks F. L. W., Comparing alternative methods of introducing virgin queens (Apis mellifera) into mating nucleus hives, Apidologie, 2006
- Tarpy D. R. et al., Assessing the mating « health » of commercial honey bee queens, Journal of Economic Entomology, 2012
- McAfee A., Tarpy D. R., Foster L. J., Queen honey bees exhibit variable resilience to temperature stress, PLOS One, 2021
- Cobey S. W., Comparison studies of instrumentally inseminated and naturally mated honey bee queens and factors affecting their performance, Apidologie, 2007