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En septembre 2025, l'institut OPSIO a interrogé pour InterApi, l'interprofession des produits de la ruche, 815 personnes qui avaient acheté et consommé de la gelée royale dans l'année. À la question « quelle est l'origine de la gelée royale que vous consommez ? », 76 % ont répondu qu'elle était française. Or la gelée royale récoltée en France pèse, selon la façon de compter, entre 2 et 4 % de ce qui se vend ici. Voici d'où vient cet écart, ce que dit la loi, et comment savoir ce que contient votre pot.
Les chiffres, côte à côte
Dans l'enquête, 70 % des acheteurs-consommateurs désignent une gelée « française », 5 % une région française précise. 11 % pensent consommer une gelée de l'Union européenne, 1 % une gelée d'ailleurs, et 13 % ne savent pas. Ils étaient 83 % à la croire française en 2015.
En face, la France a récolté 3,4 tonnes de gelée royale en 2024, selon l'observatoire de FranceAgriMer. Elle en importe environ 160 tonnes par an : 165 tonnes en moyenne entre 2022 et 2024 d'après l'étude de marché conduite en 2025 par InterApi et le Groupement des producteurs de gelée royale (GPGR), un peu plus selon d'autres estimations de FranceAgriMer.
D'où les deux pourcentages qui circulent. Rapportée aux importations, la production française représente environ 2 %. Rapportée aux volumes réellement vendus en France, une fois la gelée réexportée mise de côté, elle représente moins de 4 %, selon l'étude de marché. Les deux calculs disent la même chose : la gelée royale française est rare.
Un détail suffit à montrer que l'écart n'est pas un artefact. La moitié des acheteurs (51 %) achètent leur gelée royale en pharmacie ou en parapharmacie, sous forme d'ampoules et de gélules surtout. Or, d'après l'étude de marché, les compléments alimentaires sont fabriqués presque uniquement avec de la gelée importée, chinoise à 97,5 %.
Pourquoi tant d'acheteurs se trompent
Les auteurs de l'étude de marché avancent une explication : l'acheteur confond l'origine du produit, le lieu de fabrication et la nationalité de la marque. Une ampoule préparée dans une usine française, vendue par une entreprise française, peut très bien contenir une gelée récoltée en Asie.
L'étiquette y aide rarement. Le GPGR a relevé en rayon des gelées importées présentées avec les mentions « Fabrication française » ou « Conditionné en France », ou avec un drapeau tricolore. Quand l'origine réelle figure sur l'emballage, il faut souvent la chercher. Dans d'autres cas, elle n'y est pas du tout.
L'enquête montre que les acheteurs le sentent : 29 % voudraient plus d'information sur l'origine, et presque tous la veulent directement sur l'emballage plutôt que sur un site ou un QR code.
Ce que dit la loi
Pour le miel, l'affaire est réglée depuis longtemps : la directive européenne 2001/110/CE impose d'indiquer le pays de récolte. La gelée royale n'est pas du miel, et ne profite pas de cette règle.
Elle relève du règlement européen n° 1169/2011, dit « Inco », sur l'information des consommateurs. Son article 26 n'oblige à indiquer l'origine que si son absence risque d'induire l'acheteur en erreur. C'est une règle au cas par cas, qui se discute produit par produit.
La France a voulu aller plus loin. Depuis la loi du 18 octobre 2021, dite Egalim 2, l'article L. 412-4 du code de la consommation prévoit que « le consommateur est informé, au moyen de l'étiquetage, [...] de l'origine de la gelée royale ». Mais la même loi subordonne son application à un décret, qui ne peut paraître qu'après que la Commission européenne a déclaré l'obligation compatible avec le droit de l'Union. Le gouvernement a notifié ce projet de décret à la Commission le 23 octobre 2023. Elle l'a refusé : elle a estimé que la mesure créerait une distorsion de concurrence et que le règlement Inco suffisait à lutter contre les mentions trompeuses. L'obligation est donc écrite dans la loi, mais ne s'applique pas.
Le dossier n'est pas clos. Le Parlement européen examine la réforme du règlement sur l'organisation commune des marchés agricoles (OCM) pour l'après-2027 ; le GPGR indique qu'un amendement y a été déposé à l'été 2026 pour permettre de fixer des normes de commercialisation propres à la gelée royale, dont l'indication du lieu de production. Rien n'est adopté à ce jour. Autre obstacle, plus discret : la gelée royale n'a pas de code douanier à elle. Elle partage le code 0410 90 00 avec la propolis, ce qui rend les statistiques d'importation approximatives. L'interprofession travaille à lui en obtenir un.
Comment savoir d'où vient votre gelée royale
Cherchez une origine écrite en toutes lettres. « Gelée royale de France », « origine : France », « récoltée en France ». Tout le reste ne prouve rien : « fabriqué en France », « conditionné en France », une adresse, un drapeau, une photo de rucher, un nom de marque qui sonne français.
Pour une ampoule ou une gélule, partez du principe qu'elle est importée tant que l'emballage ne dit pas le contraire. C'est ce que montrent les volumes : la récolte française entière ne remplirait qu'une petite partie de ces boîtes.
Regardez s'il y a le logo GRF. La marque collective « GRF - Gelée Royale Française® » existe depuis 2014. Elle engage producteurs, conditionneurs et distributeurs sur une charte contrôlée chaque année, et chaque pilulier porte un numéro qui permet de remonter au lot. Elle reste peu connue : 16 % des acheteurs-consommateurs la connaissent, contre 42 % en 2015.
Comparez le prix au kilo. La gelée royale française se vend autour de 1 500 € le kilo en vrac entre professionnels. La gelée importée entre en France à quelques dizaines d'euros le kilo. Le détail de ces écarts est dans notre article sur le prix de la gelée royale française.
Posez la question. Un producteur sait où et quand il a récolté sa gelée. Nos autres repères sont réunis dans gelée royale française ou chinoise : comment reconnaître la vraie.
Pourquoi nous en parlons
Nous récoltons notre gelée royale bio, sous marque GRF, dans nos ruchers de Loire-Atlantique. Dans l'enquête, l'origine française arrive en tête des critères d'achat, devant le prix. C'est une bonne nouvelle pour les producteurs, à condition que l'acheteur puisse la vérifier. Aujourd'hui, c'est à lui de faire ce travail.
Sources
- InterApi et OPSIO, Gelée royale : habitudes d'achat et de consommation, motivations et freins à l'achat, étude réalisée avec le soutien de FranceAgriMer, enquête en ligne du 1er au 10 septembre 2025 (1 615 répondants), publiée en mars 2026 : origine déclarée et besoin d'information (diapositive 37), circuits d'achat, critères d'achat, notoriété de la marque GRF. Présentation et rapport.
- InterApi et GPGR, Commercialisation, flux et consommation de gelée royale en France et en UE, étude financée par FranceAgriMer, 2025, d'après les données des douanes françaises et d'Eurostat ; principaux chiffres publiés dans Réussir Apiculture n° 16, septembre 2026 : volumes importés, part de la production française, composition des compléments alimentaires, code douanier.
- L. Forge (GPGR), « La bataille du GPGR pour l'origine de la gelée royale », Réussir Apiculture n° 15, avril-juin 2026 : mentions trompeuses relevées, notification du projet de décret, réponse de la Commission. Article en ligne.
- FranceAgriMer, Observatoire 2025 de la production de miel, de gelée royale et des autres produits de la ruche (données 2024), juillet 2025 : production française.
- Règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, article 26.
- Directive 2001/110/CE du Conseil relative au miel.
- Code de la consommation, article L. 412-4, dans sa rédaction issue de l'article 13 de la loi n° 2021-1357 du 18 octobre 2021. Légifrance.
- Agence Europe, « MEP Éric Sargiacomo appointed European Parliament rapporteur on reform of CMO rules », janvier 2026 : calendrier de la réforme de l'OCM.