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« Mon miel a durci, il est encore bon ? » C'est de loin la question qu'on nous pose le plus souvent. La réponse courte : oui, et c'est l'évolution normale de presque tous les miels. La réponse longue vaut quand même le détour, parce qu'il existe un cas où il faut se méfier, et une bonne et une mauvaise façon de lui rendre sa souplesse.
Les références scientifiques sont rassemblées en fin d'article.
Pourquoi le miel cristallise
Le miel est une solution de sucres beaucoup trop concentrée pour rester stable : environ quatre cinquièmes de sucres, et au plus 20 % d'eau pour la plupart des miels, selon la directive européenne. Ses deux sucres principaux ne se comportent pas de la même façon. Le fructose reste volontiers dissous. Le glucose, moins soluble, finit par former des cristaux.
Deux rapports permettent d'anticiper la vitesse du phénomène.
- Le rapport glucose sur eau. Manikis et Thrasivoulou ont montré en 2001 qu'un miel dont ce rapport reste sous 1,7 cristallise lentement, et qu'au-delà de 2 la cristallisation est rapide et complète.
- Le rapport fructose sur glucose. Plus il est élevé, plus le miel garde longtemps sa texture liquide.
Ces rapports dépendent de la fleur. En analysant 136 miels d'origines variées, Escuredo et ses collègues ont confirmé que l'origine botanique pèse sur les deux, et que les miels riches en pollen de colza cristallisent plus vite. C'est pourquoi un miel de colza prend en masse rapidement, quand un miel d'acacia, très riche en fructose, peut rester liquide longtemps.
La température joue aussi. D'après Stefan Bogdanov, longtemps chercheur au Centre suisse de recherches apicoles, c'est entre 10 et 18 °C que le miel cristallise le plus vite, avec un optimum vers 14 °C. Le placard frais d'une arrière-cuisine est donc l'endroit rêvé pour le voir durcir.
Est-il encore bon ?
Oui. La cristallisation est un changement d'état : les sucres passent en partie de l'état dissous à l'état solide, mais le miel reste le même. La directive européenne sur le miel, qui fixe ses critères de composition, n'en fait pas un défaut.
Le seul cas où s'inquiéter : la fermentation
Il y a un revers. Quand le glucose cristallise, il quitte la partie liquide du miel, qui se retrouve un peu plus riche en eau. Une étude argentine portant sur 49 miels cristallisés a mesuré cette hausse de l'activité de l'eau : de l'ordre de 0,03 à 0,04 pour la plupart des échantillons. Les auteurs notent que c'est parfois suffisant pour permettre aux levures naturellement présentes de se multiplier, et donc au miel de fermenter.
Plus un miel contient d'eau au départ, plus il est exposé à ce risque. Les signes sont assez parlants :
- une odeur aigrelette, qui rappelle l'alcool ;
- des bulles ou une mousse en surface.
La directive européenne est claire : un produit vendu comme miel ne doit pas avoir commencé à fermenter. Un pot dans cet état n'est plus à sa place sur la table du petit-déjeuner.
Pour limiter le risque, un geste suffit : refermer le pot après usage et le ranger au sec, car le miel absorbe l'humidité de l'air.
Cristallisé ou liquide, ce n'est pas un test de pureté
On lit partout qu'un « vrai » miel cristallise et qu'un faux reste liquide, ou l'inverse. Aucun de ces raccourcis ne tient. Un miel d'acacia parfaitement authentique peut rester liquide des mois du fait de sa composition en sucres, et l'état du miel ne renseigne pas sur un éventuel ajout de sirop.
Détecter une fraude au sucre demande des analyses de laboratoire poussées, et même celles-ci sont délicates à interpréter. Walker et ses collègues l'ont montré en 2022 en décortiquant les rapports d'analyse qui avaient servi à accuser des miels vendus au Royaume-Uni. Pour choisir un miel, l'origine et le nom du producteur en disent davantage : voir comment choisir un bon miel.
Comment le rendre liquide sans l'abîmer
La chaleur fait fondre les cristaux, mais elle a un coût. Deux indicateurs de qualité réagissent.
- L'invertase, une enzyme du miel, commence à perdre de son activité dès 35 °C. Chauffés 24 heures à 75 °C, des miels grecs en avaient perdu de 85 à 95 % (Karabournioti et Zervalaki, 2001).
- L'HMF (hydroxyméthylfurfural), une molécule qui se forme quand les sucres chauffent, augmente avec la température. La directive européenne le limite à 40 mg/kg pour la plupart des miels.
La méthode douce :
- Retirez le couvercle, ou dévissez-le d'un tour.
- Placez le pot dans une casserole d'eau chaude, sans dépasser 40 °C. L'eau doit être chaude sous la main, pas brûlante.
- Remuez de temps en temps et laissez faire. C'est long, surtout pour un miel très dur.
- Laissez refroidir et refermez.
Et le micro-ondes ? Kowalski et Łukasiewicz ont comparé en 2017 un chauffage classique à 60 °C et un passage au micro-ondes sur des miels de tilleul, de sarrasin et d'acacia. L'HMF a peu varié, mais c'est l'invertase qui a le plus souffert des micro-ondes. Mieux vaut donc s'en passer.
Quoi que vous fassiez, le miel recristallisera tôt ou tard. C'est dans sa nature.
Et le miel crémeux ?
Un miel crémeux est un miel dont on a guidé la cristallisation. Le procédé a été décrit dès 1931 par Elton Dyce, à l'université Cornell : on ajoute au miel liquide une petite part de miel déjà cristallisé très finement, puis on le brasse. Les cristaux qui se forment restent petits, et la texture devient onctueuse. Le principe de cet « ensemencement » continue d'être étudié, par exemple dans un travail publié en 2023 dans Food Chemistry.
Certains miels y arrivent seuls. Notre miel bio de printemps cristallise naturellement en grains fins et se tartine sans effort. Si vous préférez un miel qui coule, le miel bio de ronce reste liquide longtemps.
En bref
| Question | Réponse |
|---|---|
| Pourquoi il durcit ? | Le glucose forme des cristaux, plus ou moins vite selon la fleur et la température |
| Il est encore bon ? | Oui |
| Quand s'inquiéter ? | Odeur d'alcool, bulles, mousse : signes de fermentation |
| C'est un signe de faux miel ? | Non, ni dans un sens ni dans l'autre |
| Comment le rendre liquide ? | Bain-marie sous 40 °C, avec patience |
| Le micro-ondes ? | À éviter |
Sources
- Union européenne, Directive 2001/110/CE du Conseil relative au miel
- Manikis I., Thrasivoulou A., étude du rapport glucose sur eau et de la cristallisation, Apiacta, 36(3), 2001, p. 106-112
- Escuredo O., Dobre I., Fernández-González M., Seijo M. C., Contribution of botanical origin and sugar composition of honeys on the crystallization phenomenon, Food Chemistry, 2014
- Bogdanov S., Honey Technology, Bee Product Science
- Determination of water activity change due to crystallization in honeys from Argentina, Food Control
- Walker M. J. et al., Honey authenticity: the opacity of analytical reports, part 1, npj Science of Food, 2022
- Karabournioti S., Zervalaki P., The effect of heating on honey HMF and invertase, Apiacta, 2001
- Kowalski S., Łukasiewicz M., Diastase and invertase activity changes and 5-hydroxymethyl-2-furfural formation in honeys under influence of microwave irradiation, Journal of Food Process Engineering, 2017
- Dyce E. J., Fermentation and crystallization of honey, Cornell University Agricultural Experiment Station, bulletin 528, 1931
- Natural crystallization properties of honey and seed crystals-induced crystallization process for honey performance enhancing, Food Chemistry, 2023